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MONSIEUR IBA DER THIAM

Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre d'Etat,
Mes chers Collègues,

Notre pays vit des moments, je le crois sincèrement, exaltants, inoubliables, on peut même dire historiques, au regard d'une part : des enjeux en cause et d'autre part : de la conjoncture. J'ai dit les enjeux  pourquoi ? Parce que l'assemblée  nationale  est l'incarnation  de la souveraineté nationale,  c'est une responsabilité lourde et grave, dont chaque  député doit saisir l'exacte dimension. En nous délégant ses pouvoirs, la nation nous a concomitamment  confiée la défense  de ses intérêts, de tous  ses intérêts s'ils  venaient à   être  menacés   ou  remis   en cause. Or  force   est  de reconnaître que si de 1960 à nos jours, il y a eu indubitablement des efforts qui ont été entrepris,  beaucoup de choses restent à faire, l'impunité  a bien souvent  été  la  règle.  La  loi  n'a  pas  été  la  même  pour  tous,  l'affairisme demeure, il en est de   même du trafic d'influence, des tripotages inacceptables  sur les gens. On a détourné,  on a pillé, on a prévariqué  à tour  de  bras,  sans  retenue,  ni honte  des  biens  appartenant  à  toute  la nation  sans que cela n'ait  véritablement  tiré à conséquence. De 1960 au milieu  des années  70, notre  pays  a reçu  chaque  jour  1 milliard  d'aide, qu'en a-t-on fait? personne  ne le sait , à l'époque  de la défunte BNDS, un compte  ténébreux   et  sélectif,  a  distribué   des milliards,  à   des  acteurs politiques. Combien  le compte  « K2 » a-t-il distribué  de milliards ? A qui ? Sur la base de quel critère ? Pour quoi faire ? Personne ne le saura jamais. La croix rouge a fait l'objet d'un détournement  die 1 milliard 600 millions, la loterie nationale a fait l'objet d'un détournement  de plusieurs  milliards, idem pour la caisse de péréquation pour 5 milliards, les petits projets ruraux pour 5 milliards , la COSENAM pour plus d'un Milliard, L'USB pour 365 milliards, ce sont 8 banques qui ont été pillées, les exonérations   douanières  ont été chiffrées entre 400 et 700 milliards  , 5000 litres de carburant  ont disparu de l'Assemblée   nationale  quand  nous  sommes  arrivés.  Même  l'alternance malgré tous les efforts qu'elle a déployés  n'est pas parvenue  à vaincre ce cancer, ce mal endémique que représente la    prévarication.  Pourtant l'alternance  a mis  en  place  un  nouveau  code  des  marchés,  des  audits internes, une activation de l'IGE , un développement du rôle de la presse lui a permis d'assurer  un rôle de veille, un rôle de dénonciation et un rôle de révélation. Conséquence,  fin mars le Président de I'UEMOA présente notre pays comme étant  le pays le plus avancé dans un contexte où sa structure enregistre une baisse de croissance passant  de 2,9 % à 2,6 % en avril· mai. Notre pays est élu parmi les pays qui vont bénéficier  du « millenium challenge account » .

De  passage  à  Dakar  Madame  Constance  Barry  Newman  le  Secrétaire d'Etat américain nous rappelle...(perte d'informations). 80 G.I.E, 44 marchés avec des sociétés qui souvent n'existent  que de nom, l'adresse est fausse, le numéro de téléphone est faux. C'est gravissime, on a opéré des paiements  sans jamais avoir obtenu  l'avis  d'une  commission de réception. C'est cela le sommum de la prévarication.  Cela n'est rien me dit-on.  Il paraît  qu'exiger  des  comptes  pour  cela : c'est  procéder  à  un règlement  de comptes,  or je dis que si nous voulons obtenir le respect du monde  par rapport  à  ce que nous  sommes  et à  ce que nous  prétendons être : nous devons nous élever contre tout ce qui va dans le sens mettant en  cause  la  rigueur,   la  gestion  vertueuse,   la  transparence,   la  bonne gouvernance,   l'égalité   devant  la  loi,  le  refus  de  l'impunité.   J'aimerais ensuite dire que ce qui se passe au Sénégal n'est pas nouveau, la Gambie l'a  connu,  le  Nigeria  l'a  connu,  l'Afrique  du  Sud  l'a  connu,  l’Algérie  l'a connu,  nous  ne faisons  par  conséquent  pas  école.  Il faut  pour  cela que nous prenions l'exacte mesure de ce qui s'est passé. Ce qui s'est passé est grave,          très  grave  et  c'est  inédit.  Se  dérober  devant  ce  faisceau  de présomptions  au nom d'arguties  procédurales  et procédurières est à  mon humble avis un acte de démission devant ses responsabilités, c'est tourner le dos résolument  aux intérêts de ce brave peuple sénégalais qui a placé sa confiance en nous et nous a confié la mission de défendre ses intérêts. Pour ma  part je le dis tout net,  il n'est  pas question  que  j'accepte  cette forfaiture et c'est la raison pour laquelle quel qu'en soit le prix, je pense que si nous voulons que justice soit faite il faut qu'on permette  à la Cour qui va se mettre en place de pouvoir fonctionner.

Il est hypocrite de dire oui, on veut effectivement que les choses se passent dans la clarté et en même temps, qu'on fasse tout pour empêcher que la condition   permettant   que  la  clarification   des  faits  qui  sont  incriminés intervienne. C'est une démarche  absurde et c'est la raison pour laquelle je voudrais le dire ici à l'Assemblée nationale.

Je dis donc que pour moi, la situation est claire et je pense que l'Assemblée ne doit pas hésiter. Si notre pays sort de cette épreuve en prenant ses responsabilités,  le Sénégal sera grand  aux yeux du monde.  Nous  serons cités en exemple. Car si nous  avons  le courage  quelque  soit la situation dans  nos  propres  rangs,  de  pouvoir  objecter  que  face  à  telle  ou  telle situation, nous   avons   eu   le   courage   de   prendre   les   décisions   qui s'imposaient  il ne fait pas  de doute  que le monde  considérera  que nous sommes un grand pays. Notre pays n'est pas un pays immense  mais il a des vertus exceptionnelles  et parmi ces vertus il y en a une qui compte : c'est l'obligation  de gérer correctement,  d'être loyal dans la gestion, d'être loyal dans ses rapports avec le peuple, de veiller à la défense des intérêts du peuple et de les surveiller de la façon la plus stricte. C'est à cela que nous invitons l'Assemblée Nationale, je suis sûr qu'elle prendra ses responsabilités et qu'elle fera ce que l'on attend d'elle

Informations de publication

Publié le : lun, 09/17/2018 - 10:24
Mise à jour le : lun, 09/17/2018 - 10:24
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